Brevets : les inventeurs puisent davantage dans la recherche en libre accès

D’où viennent les idées qui finissent en brevets ? Une étude récente apporte un élément de réponse chiffré : les inventeurs puisent plus volontiers dans la recherche en libre accès que ne le laisserait prévoir sa place dans la littérature scientifique. Les auteurs ont présenté leurs résultats le 28 octobre 2026 dans un article de The Conversation. Leur travail intéresse directement les entreprises industrielles, en particulier celles qui n’ont pas de bibliothèque scientifique ni d’abonnements aux revues.

Une étude à grande échelle sur les brevets américains #

Le travail a été publié dans la revue Scientometrics. Il porte sur près de 500 000 brevets déposés auprès de l’Office américain des brevets et des marques (USPTO). Les chercheurs y ont relevé 3,2 millions de références à des travaux scientifiques, qui correspondent à près d’un million de publications distinctes, un même article pouvant être cité par plusieurs brevets.

Ils n’ont pas tout gardé. Les références en page de garde peuvent avoir été ajoutées par les examinateurs. L’équipe a donc retenu celles que les inventeurs citent eux-mêmes dans le corps du texte, considérées comme plus représentatives des connaissances réellement mobilisées. Les auteurs le rappellent : une citation est un indice, pas la preuve d’une influence directe.

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Le piège du pourcentage brut

Les publications en libre accès représentent 29 % des références scientifiques des brevets étudiés. Pris isolément, ce chiffre semble indiquer que les inventeurs s’appuient surtout sur des articles payants. Mais les pratiques de publication varient beaucoup d’une discipline à l’autre. Il faut donc comparer, domaine par domaine, la part du libre accès dans les brevets à sa part dans l’ensemble de la littérature.

Pour faire cette comparaison, les chercheurs ont utilisé OpenAlex, une base bibliographique ouverte qui recense les publications scientifiques mondiales. Une fois corrigé l’effet des disciplines, le résultat s’inverse : les publications en libre accès sont en moyenne 38 % plus présentes dans les références des brevets que leur poids dans la littérature ne le laisserait attendre.

Sci-Hub, une disponibilité plutôt qu’une preuve d’usage #

L’étude mesure aussi l’effet de Sci-Hub, la bibliothèque pirate qui met en ligne des articles scientifiques sans l’accord des éditeurs. Si l’on ajoute sa couverture au libre accès légal, 85 % des références scientifiques des brevets renvoient à des articles consultables sans payer. Les auteurs insistent pourtant : cette disponibilité ne prouve pas que les inventeurs ont lu ces articles par ce biais. Elle ne doit pas non plus être confondue avec une ouverture autorisée.

Ils restent prudents sur l’interprétation générale. L’étude ne mesure ni les abonnements des inventeurs ni leurs habitudes de lecture : elle établit une association, pas un effet causal. L’hypothèse la plus simple reste qu’un article accessible gratuitement est plus facile à mobiliser pour une entreprise qui ne paie pas d’abonnement à la revue.

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Des secteurs très inégaux face à la science #

Tous les secteurs ne s’appuient pas autant sur la science. La biologie, la chimie et la médecine concentrent à elles seules environ les deux tiers des références étudiées. Les biotechnologies et la pharmacie sont les domaines où la science est la plus présente dans les brevets, notamment pour les molécules du vivant et la modification génétique.

À l’inverse, des domaines techniques comme les dispositifs de fixation ou les échelles pour le travail en hauteur citent beaucoup moins de publications scientifiques. Les auteurs refusent d’en conclure que ces secteurs innovent moins. Leur innovation passe souvent par l’amélioration progressive des produits, l’expérience technique et les savoir-faire accumulés en atelier, que les citations ne captent pas.

Ce que cela dit aux PME industrielles

Pour une PME de la mécanique ou de la plasturgie, l’enseignement est double. D’abord, une partie croissante de la recherche utile est accessible légalement et gratuitement, dans les archives ouvertes comme HAL en France ou sur les sites des revues en libre accès. Les bases comme OpenAlex permettent d’y faire de la veille sans abonnement. Ensuite, l’accès ne suffit pas : encore faut-il des compétences pour comprendre une recherche et l’adapter à un problème technique.

Ouvrir la recherche, mais aussi financer les passerelles #

Les auteurs plaident pour que politique de publication scientifique et politique d’innovation ne soient plus pensées séparément. Ils proposent de renforcer l’accès ouvert aux résultats des recherches financées sur fonds publics, ce qui suppose de financer les archives ouvertes et les infrastructures de publication.

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Ils citent aussi les dispositifs qui font circuler les compétences entre laboratoires et entreprises. En France, les conventions Cifre permettent à une entreprise de recruter un doctorant qui travaille avec un laboratoire public. Le Royaume-Uni a ses Knowledge Transfer Partnerships, et l’Allemagne s’appuie sur les instituts Fraunhofer, spécialisés dans la recherche appliquée menée avec l’industrie.

Reste la question du partage des bénéfices, que l’étude pose sans la trancher : quand une recherche financée par la collectivité nourrit une invention brevetée, comment la collectivité profite-t-elle du succès ? Les auteurs évoquent plusieurs pistes, comme une participation publique aux bénéfices ou le réinvestissement des revenus de licences. Pour les industriels, le message de fond est plus immédiat : la science ouverte n’est pas qu’une affaire d’universitaires, c’est aussi une ressource d’innovation à portée de main.

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